Malgré ce sourire

Et oui malgré ce sourire qui s’affiche sur mon visage quand vous me voyez sur les réseaux sociaux ou quand on se croise, moi aussi la maladie mentale est venu s’emparer de moi, plus d’une fois ces 10 dernières années. 

Causé par une séparation très difficile en 2010, j’ai dû accepter un diagnostic de dépression qui m’a amené à mon premier arrêt de travail ayant perdu tout focus sur mes tâches à faire au bureau et dans mon rôle de maman.

J’ai du reprendre mon poste au bout de 6 mois, mais si fragile et vivant encore avec des problèmes post séparation, que 6 mois plus tard mon médecin a de nouveau demandé un arrêt de travail, n’étant aucunement fonctionnelle au travail et dans ma vie personnelle. 

J’ai travaillé très fort en thérapie pour retrouver l’équilibre et revenir plus forte et plus en contrôle au travail 6 mois plus tard. J’avais fait ce qu’il fallait pour ressentir un bien-être en moi et j’avais retrouvé le sourire.

Cependant 6 mois plus tard, le 12 du 12 2012, suite à une chirurgie au genou pour retirer une deuxième récidive d’une tumeur à cellules géantes intéressante au condyle fémural externe, un diagnostic de cancer des os loger au fémur, nommé ostéosarcom, comme Terry Fox a eu me tombe dessus. C’est la fin du monde, je n’ai pas le temps d’être malade voyons, j’ai 2 filles de 8 ans et 12 ans à temps plein avec moi et je travail à temps plein, j’ai un nouveau poste en plus, je suis loin de ma famille qui est au Saguenay, un ex sur qui je ne peux compté, c’est l’anarchie dans ma tête, dans tout mon moi, dans toute ma vie, perte de contrôle total.

Me voilà donc rendu à mon troisième arrêt de travail pour vaincre le cancer. En poste à Montréal comme Conseillère Gestion de projet en Aménagement MTL, partie de mon Saguenay natale  depuis 1997, je demande de faire mes chimios et convalescence au Saguenay, afin d’avoir l’aide de ma famille pour prendre soin de mes filles, car on m’avait dit que j’allais avoir le protocole de chimio le plus extrême avec une bonne chirurgie pour installer une prothèse massive de la mi-fémur à la mi-tibia et que je serais complètement à terre pendant minimum un an pour les traitements et une autre bonne année de convalescence.

Nous sommes donc partie moi, mes filles et notre chien vivre chez mes parents, laissant derrière nous, notre maison, nos précieux amis, l’école, mon boulot que j’adorais, notre quartier en faite une bonne partie de notre vie, causant beaucoup de déséquilibre émotif à mes filles. Et 6 mois plus tard, je vendais notre maison en 5 jours à Laval, nous quittions la maison de mes parents aussi pour nous installer dans une maison de campagne au Saguenay le temps que je me remonte de tout ça et que mes filles puissent vivre une certaine stabilité, même si elles voient leur mère au plus bas et que la peur de me perdre est bien présente. 

J’ai donc reçu toutes mes chimios au Saguenay, mais mes chirurgies et suivis médicaux du cancer ont été et sont encore suivi au 3 mois à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont avec mon ortho-onco Marc Isler et à l’occasion avec le spécialiste des prothèses, ayant des complications au niveau du tibia, la prothèse est desceller et nous devons faire une chirurgie partielle au niveau du tibia dans les prochains mois, car trop de douleurs extrêmes. Nous ne pouvons changer toute la prothèse, car trop de risques d’amputation, ce n’est donc pas envisageable. 

La venue du cancer a causé un déséquilibre total à tous les niveaux dans ma vie. Le combat a été extrême, j’arrive de loin disons. Mais je peux dire que l’après cancer est mille fois plus difficile que le pendant. 

Du jour au lendemain quand tes chimios sont terminés, les infirmières et la physitothérapeute ne viennent plus tous les jours te voir à la maison, tu n’as plus de rdv avec ton infirmière pivot, la famille et tes amis te croient guérit et tu te retrouves isoler chez toi avec un système immunitaire très faible, des douleurs chroniques soulager avec des patch de morphine qui te rendes somnolente et qui te mettent dans un état de manque comme une “Junky”, en béquille pendant 18 mois, des douleurs aigus à la jambe, une fatigue profonde qui ne s’explique pas et une détresse mentale qui te fait sombrer dans une dépression majeur près de la folie, ou tu essaye d’accepter les dommages collatéraux tel que:  des douleurs constantes dans tout le corps, des limitations physiques à la marche, des pertes de concentration et de mémoire, des crises de paniques, des angoisses, des peurs, de l’isolement, une insuffisance rénale de 50 %, un déficite en magnésium et potassium, un déséquilibre du cortisol, des palpitations constantes, des étourdissements, des engourdissements, des hospitalisations, une dysphories aux opiaçés, un sevrage de morphine, des inquiétudes sur mon retour au travail et bien d’autres soucis comme la venu il y a deux ans de cellules pré-cancéreuse à la glande thyroïde ou on a dû en retirer la moitié et la venu d’un cancer du sein cet été ou j’ai subi une mastectomie partielle “mineur” car pris au tout début, mais ou j’ai du avoir des traitements de radiothérapies à l’automne dernier, qui a rétabli la situation.

Aujourd’hui pour la 1 ere fois, j’ose dire ouvertement, qu’après plusieurs démarches, ma ténacité, mon vouloir et ma détermination, que mon retour au travail n’a pas été possible. Après une première demande de retour en 2015 ou le médecin d’HQ a catégoriquement refusé mon retour car trop de limitation, mon représentant syndical ainsi que mes spécialistes, psychiatre et ortho-onco,  m’ont fait comprendre qu’il n’y aurait pas de retour possible, donc pas de deuxième tentative à mon grand désespoir.

Un deuil que je ne voulais pas faire, que je n’ai pas choisi, c’est tout ce qui me restait de concret mon travail, à part mes filles,  je perdais le contrôle de ma vie, mon indépendance, mes défis professionnels, ma fierté, ma sécurité financière, mes conditions de travail, ma retraite etc. Et puis je vais faire quoi de ma vie moi qui n’est que 46 ans à ce moment-là. ?  Et le psychiatre de dire, «  tu vas vivre en pleine conscience avec le sourire, tu vas profiter de la vie »!

C’est donc en sept 2017 que j’ai officiellement perdu mon lien d’emploi avec HQ contre une rente d’invalidité avec Retraite QC et un statut d’invalidité permanente avec mes assurances.

On se définit tellement par le travail que l’on fait, que quand il n’est plus là, c’est le vide total, tout ce que tu vois c’est le vide devant toi.. Tu te dis que tu n’ es plus bonne à rien, que tu ne pourras pas t’épanouir professionnellement du reste de ta vie. L’acceptation de cette nouvelle définition est ardue encore aujourd’hui, même si je suis sortie de la dépression.

Le défis maintenant est de trouver comment vais-je faire pour me réaliser, pour m’épanouir, et surtout comment je me définis maintenant, comment je réponds à la question populaire « que fais-tu dans la vie? » 

Eeee silence radio, je suis qui moi? Je ne sais plus qui je suis, ce que j’aime, j’ai l’impression d’être la moitié de moi-même, c’est le néant total, c’est un Reset obligé!

J’ai donc choisi de me recréer, de me réinventer, de reprendre confiance en moi, avec ce que j’étais aujourd’hui en y ajoutant ces nouvelles valeurs et priorités qui ont pris place dans mon cœur! 

Alors je suis partie à la recherche de l’équilibre, à me connecter à moi, à être bienveillante envers moi, à consulter des professionnelles, à faire de l’hypnose, de la méditation, à m’entourer d’êtres humains vrais et inspirants à la fois, à faire du bénévolat à la Société canadienne du cancer avec des gens de coeur, à m’impliquer comme ambassadrice pour un événement, à accepter que c’est comme ça aujourd’hui, que la vie est faite de haut et de bas, en oubliant jamais que derrière les nuages il y a le soleil et ce tout en sachant que j’ai une force incroyable à l’intérieur de moi. 

Je suis revenu à moi, dans mon fond  et j’ai pris conscience de tout ce que j’étais en dehors du travail. Et franchement je découvre une merveilleuse personne qui a un grand coeur, qui a une force incroyable, qui est généreuse, qui est rassembleuse, qui aime rire, qui aime les gens, qui peut partager ses connaissances professionnelles et son vécu personnelle pour inspirer les autres, qui veut profiter de tous les petits plaisirs de la vie simplement et surtout qui veut être en paix et en harmonie dans tout! 

Je garde le sourire et je sais que toutes ces périodes difficiles passées ont fait de moi une personne encore plus forte, qui accepte plus facilement les moments de détresse, car je sais que je vais me relever et que je vais grandir avec cette nouvelle épreuve! 

Je suis fière de dire que j’en ai fini des anti-dépresseurs depuis plus d’un an, la rencontre de personnes formidables m’a reconnecter à l’essentiel, à mon moi intérieur et j’ai retrouvé un équilibre de vie. Je vais bien, de mieux en mieux chaque jour et mon moteur principale c’est mes deux belles grandes filles qui ont eu à dealer chaque jour avec ces difficultés, pour qui ça n’a pas été facile non plus et je leur lève mon chapeau, quelle force et courage elles ont eu! Je suis vraiment très fière d’elles.  

Tout n’est pas parfait encore, il y a des rechutes, car il y aura toujours des événements de la vie ou des personnes malsaines qui vont nous faire trébucher, mais j’arrive plus rapidement à reprendre le contrôle  et tranquillement je chemine vers une vie meilleure de plus en plus chaque jour! 

Soyez bienveillant envers vous et envers les autres! 

Votre sourire peut faire une grande différence!  


MariJo

Texte pour Bell Cause - Janvier 2020